Questions de langue(s)
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Bonjour,
Je souhaiterais savoir si « séparant » pourrait être employé comme adjectif verbal ? Précisément, serait-elle envisageable une phrase telle que : « Les routes étaient courtes et les monts guère séparants » (on parle d'une belle époque passée) ?
Si non, pourriez-vous m'en suggérer un synonyme ?
Merci beaucoup de votre aide.
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on pourrait formuler ainsi "les monts ne constituaient guère des obstacles / n'étaient guère des entraves".
Mais l'adjectif est possible (une recherche sur séparante permet aisément de s'en convaincre), cela me rappelle un vieux fil où je me suis fait taper sur les doigts et qui m'a permis de réviser quelque peu ma position sur le sujet.
Dernière modification par Colline d'or (04-02-2010 12:23:19)
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"Séparant" est dans le dico, mais, telle quelle, la proposition me semble bizarre, ou impropre, de même que des monts discriminants, isolants, partageurs, diviseurs, gênants.
Si la métrique l'impose pour une traduction, autant garder "séparants", ou peut-être "isolants" malgré la connotation électrique, mais, dans tous les autres cas, je partage l'avis de Colline d'or - qui de toute façon doit parler d'or
- mieux vaut remanier la phrase.
Les routes étaient courtes et les monts guère séparants.
Les routes étaient courtes et les monts ne faisaient guère obstacle, ne nous séparaient guère, ne nous isolaient guère.
Ou une adapatation plus libre : Les routes étaient courtes et les monts petits. ![]()
Orientale a écrit:
Je souhaiterais savoir si « séparant » pourrait être employé comme adjectif verbal ?
Bonjour ! Quel sens donneriez-vous à « séparant », que souhaitez-vous lui faire dire ?
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Le problème de "séparant", c'est que le complément n'est pas implicite (séparant quoi de quoi ?). Au contraire de "environnant" et "encerclant" : dans ce cas, si rien n'est spécifié, on comprend bien que c'est le lieu dont on parle qui est environné ou encerclé.
Les Alpes occidentales par exemple ne sont pas des montagnes "séparantes" dans le sens où leurs larges vallées ont toujours permis le passage relativement aisé des hommes (voire des éléphants
). Mais je ne crois pas que l'on puisse utiliser "communicant".
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Merci pour vos avis. Pour répondre à Gb, je vais citer Krokodilo :
krokodilo a écrit:
Les routes étaient courtes et les monts ne faisaient guère obstacle, ne nous séparaient guère
lorsqu'on était jeune, amoureux, optimiste...
Oui Krokodilo, il s'agit d'une traduction où s'impose une contrainte de métrique.
Je suis aussi partante pour une adaptation libre, pourriez-vous donc me suggérer, en plus de « petit », quelques autres adjectifs ? Merci d'avance.
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Les routes étaient courtes et les monts guère un obstacle.
On peut sous-entendre "n'étaient", ce qui fait 4 pieds, pas plus que "guère séparants", "tacle" pouvant être fusionné si besoin.
Les routes étaient courtes et les montagnes faciles - vive la jeunesse !

"diminués"
Ou alors un verbe : "les monts rapetissaient / s'amenuisaient / monticulaient (se réduisaient à des monticules)"
Ou un substantif : "les monts, des collinettes / des monticules" (le verbe implicite est le verbe être à l'imparfait utilisé pour les routes).
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Orientale a écrit:
Je souhaiterais savoir si « séparant » pourrait être employé comme adjectif verbal ? Précisément, serait-elle envisageable une phrase telle que : « Les routes étaient courtes et les monts guère séparants » (on parle d'une belle époque passée) ?
Je pense qu'on peut utiliser l'adjectif verbal <séparant> car ta phrase s'y prête particulièrement bien. Tu précises en effet qu'elle implique un contexte spatiotemporel déterminé : la géographie physique dans une époque passée. Or il fut une époque où la démarcation entre entités politiques voisines et rivales n'était pas une ligne brisée dessinée par les cimes montagneuses, mais plutôt une portion de plaine aux contours mouvants. Parmi ces espaces de dimensions changeantes, on trouvait la marche séparante, soit une zone-tampon frontalière, en plaine le plus souvent. Pour en revenir aux montagnes, la ligne de partage des eaux (ligne de faîte) pouvait être désignée avec un autre adjectif verbal : l'eau pendante — une division politique linéaire relativement tardive qui a pris le relai des espaces séparants, à deux dimensions sur une carte.
Bref, pas de problème avec le concept de hauteurs séparantes. Peut-être que point guère séparants permettrait de donner un petit côté suranné compatible avec le sens ancien de <guère>, qui était l'opposé du sens actuel quand <guère> s'emploie sans <ne>.
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J'ai oublié de préciser que ce n'était pas une plaisanterie : "Les routes étaient courtes et les montagnes faciles" est la forme allégée de "les montagnes nous étaient faciles" , ou, plus clair "les montagnes étaient faciles pour nous, pour nos jeunes jambes."

Merci pour vos efforts de m'aider. Je réfléchis pour choisir entre « petits » et « séparants », car d'autres ne semblent pas répondre aux contraintes imposées.
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Dans des rapports de jurys de concours, j'ai déjà lu que telle question devait être discriminante (pour séparer les candidats par groupes de niveaux différents).
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Entendu récemment dans la bouche d'un collègue dont les élèves restaient cois :
« Soyez donc répondants ! »
Sans oublier Jacques Brel :
Les Flamandes, ça n'est pas causant...
Les Flamandes, ça n'est pas frémissant...
Les Flamandes, ça n'est pas souriant...
Les Flamandes, ça n'est pas mollissant...
Et Joseph Zobel, dans sa nouvelle Joséphine :
— Votre petit est si rendant de services....
Le point commun de tous ces exemples c'est qu'ils proviennent des marches de la francophonie : ils ne sont pas du français standard, celui des manuels scolaires édités à Paris, mais ils se portent bien, merci pour eux.
Je ne réponds pas à la question : les monts séparants, c'est parfaitement grammatical, mais c'est archaïque. Le choix dépend de l'effet que l'on veut produire, si l'on veut donner à la traduction une saveur ancienne, ou lui faire parler la langue contemporaine.
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L'adjectif verbal (qu'on peut aussi appeler participe présent adjectivé) est un mal-aimé des dictionnaires, qui souvent négligent de l'enregistrer (et l'enregistraient moins encore autrefois), et des grammaires : Grevisse 13e éd. ne lui consacre qu'une remarque de son § 886.
Il est pourtant très usuel, et constitue un mode de formation néologique important. Mais sa légitimité paraît assez souvent contestable.
Pourtant, séparant est non seulement "possible", comme l'a dit Colline d'or, mais se trouve "dans le dictionnaire" (le TLF, en tout cas) comme l'a dit Krokodilo.
Discriminant, qui semble étonner Hippocampe, fait l'objet dans ce même TLF d'un article de plein droit. C'est aussi le cas, en ce qui concerne les vers de Jacques Brel, de frémissant et de souriant ; causant est mentionné dans l'article causer, et la base Frantext en fournit plusieurs attestations par des écrivains modernes (Green, Céline, Queneau) et contemporains (Marie Chaix, Robert Sabatier, Serge Doubrovsky, Annie Ernaux, Remo Forlani) ; mollissant est nettement plus rare, mais on le trouve quand même chez Sainte-Beuve, Zola, Genevoix, Aragon, Gabriel Chevallier.
Pour éviter tout risque de confusion, j'ai demandé à la base Frantext ces adjectifs sous leur forme féminine, donc avec la terminaison -e(s).
Restent répondant, qui semble n'avoir qu'un sens philosophico-religieux (Maurice Blondel, Claudel), et rendant de services qui paraît bien être un hapax.
Il reste que la distribution de ces adjectifs semble assez arbitraire. Pourquoi admet-on pendant, mais pas rendant ? Pourquoi fondant est-il courant, et mollissant suscite-t-il des réserves ? Pourquoi répondant est-il si rare, alors que parlant et causant sont usuels ? Il y a probablement une raison ou des raisons, mais je ne sais pas si on les a jamais recherchées.
Dernière modification par Pierre Enckell (07-02-2010 22:00:29)
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Pierre Enckell a écrit:
mollissant est nettement plus rare […] Pourquoi fondant est-il courant, et mollissant suscite-t-il des réserves ?
Si ma mémoire est bonne (et si, contrairement à d'autres, vous m'autorisez à reprendre une information que vous avez vous-même donnée), vous avez un passé de marin. (Si je confonds avec un autre habitué de ce forum, au temps/autant pour moi.)
Toujours est-il que mollissant en participe présent adjectivé est très fréquent dans les récits maritimes : une brise mollissante, des vents mollissants.
Et, quitte à friser le HS, je ne peux m'empêcher d'évoquer les affreux (à mon goût) néologismes en if : réactif, intrusif, conclusif, et même, rencontré hier, contributif ! Alors pourquoi pas séparatif ?
Dernière modification par Coco 47 bis (08-02-2010 05:07:04)
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"séparateur" tout comme "séparatif" sonne un peu trop sec, technique, mécanique à mon gout (un mur séparateur)
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Colline d'or a écrit:
"séparateur" tout comme "séparatif" sonne un peu trop sec, technique, mécanique à mon gout (un mur séparateur)
Oui, ça fait trop "moderne".
P'tit prof a écrit:
Je ne réponds pas à la question : les monts séparants, c'est parfaitement grammatical, mais c'est archaïque. Le choix dépend de l'effet que l'on veut produire, si l'on veut donner à la traduction une saveur ancienne, ou lui faire parler la langue contemporaine.
On pourrait même faire pire et ressusciter le verbe ancien <severer>={séparer}, dont il ne nous reste que le moderne <sevrer>={interrompre l'allaitement}, mais que l'anglais moderne, véritable musée vivant du français médiéval, a conservé sous forme de reliques :
<several> → plusieurs
<to sever> → sectionner, trancher
<severance pay> → indemnité de départ/rupture.
On aurait ainsi les monts séverants ou les montagnes fort peu séverantes.
Pour la route, un extrait de Pierre de Langtoft, chroniqueur d'Édouard Ier Plantagenêt :
Deus ! cum Merlins dist sovent veritez
Dieu ! que Merlin souvent disait vrai
En ses prophecyez, si cum ws lisez !
En ses prophéties, quand vous les lisez !
Ore sunt le deus ewes en un arivez,
À présent les deux eaux sont mélangées
Qe par graunz mountaynes ount esté severez ;
Que grandes montagnes avaient séparées ;
Et un realme est fet deus diverse regnez,
Et un royaume est né de deux règnes différents
Qe solaynt par deus rays estre governez.
Que deux rois avaient jadis en gouvernement.
(cette version est probablement postérieure à Langtoft)
Chanson de Roland :
De Durendal li dunat un colp tel
Le destre poign li ad del cors severet ;
Sun filz ad mort, qu'il tant suleit amer,
E li baron qu'il i out amenet.
(mot à mot)
De Durandal (il) lui donna un coup tel (que)
Le poing droit lui a du corps séparé ;
Son fils (il) a tué, qu'il tant soulait aimer (qu'il avait tant aimé),
Et (aussi) les barons qu'il avait amenés.
Document juridique en vieux français d'Angleterre :
Et pur ceo affiert en tiel cas, qe tauntost cum tels parceners averount fait lour homages a lour chiefs seignurs, et voillent qe heritage soit divisé par entre eus, issi qe chescun sache sa pourcioun severale, soit la estente primes fete, et par la resoun del estente soit fete entre eus la divisioun.
En un tel cas il convient donc, dès lors que les indivisaires (parçonniers) veulent procéder à la division après avoir prêté hommage à leurs suzerains, et qu'ainsi chacun soit informé de la part qui lui revient, de procéder en premier lieu à l'évaluation (du bien), en raison de quoi il sera ensuite procédé à la division.
Retour au français muséal, c'est-à-dire l'anglais du droit. Dans cette langue <several liability> c'est la responsabilité individuelle et <joint and several liability> c'est la responsabilité solidaire. En moyen-anglais <in several and commune>, <yn severall and comyn> etc, ça voulait dire individuellement et collectivement. On retrouve dans l'adjectif <several> cette notion d'élément détaché d'un tout qu'on avait en vieux français, par exemple avec <sa pourcioun severale>.
Désolé pour la digression... ![]()
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greg a écrit:
Désolé pour la digression...
Quelle mouche te pique donc en ce moment
?
Dernière modification par Colline d'or (08-02-2010 20:53:34)
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J'ai trouvé : ne pourraient-ils pas être "guère importuns" ces monts ? Ils ne dérangeaient pas les amoureux.
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Orientale a écrit:
Je souhaiterais savoir si « séparant » pourrait être employé comme adjectif verbal ? Précisément, serait-elle envisageable une phrase telle que : « Les routes étaient courtes et les monts guère séparants » (on parle d'une belle époque passée) ?
Si non, pourriez-vous m'en suggérer un synonyme ?
Indépendamment de la question (est-ce que « séparant», adj. verbal est utilisable?), je ne l'emploierais pas ici parce que je ne le trouve pas « joli ».
Pourquoi pas l'imparfait ?
« Les routes étaient courtes et les monts ne séparaient guère ».
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Colline d'or a écrit:
"séparateur" tout comme "séparatif" sonne un peu trop sec, technique, mécanique à mon gout (un mur séparateur)
Je n'ai pas été assez clair. Quand j'écrivais : « Et, quitte à friser le HS, je ne peux m'empêcher d'évoquer les affreux (à mon goût) néologismes en if : réactif, intrusif, conclusif, et même, rencontré hier, contributif ! Alors pourquoi pas séparatif ? », c'était bien évidemment ironique. Je voulais signifier : « Et puisque certains ne répugnent pas à utiliser ces énormités en if, pourquoi pas séparatif ? » Séparatif ne serait pas seulement, pour moi, trop sec, trop technique, trop mécanique, trop moderne, tous défauts pardonnables : il serait surtout horriblement laid. Bref : it was a joke.
Pour en revenir au sujet, j'aime bien « ne séparaient guère ».
Dernière modification par Coco 47 bis (09-02-2010 03:49:25)
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Acceptable, oui. Mais personnellement je préfère nettement « guère » ici. Ou bien, peut-être : « « Les routes étaient courtes et les monts séparaient si peu ».
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gb a écrit:
Acceptable, oui. Mais personnellement je préfère nettement « guère » ici. Ou bien, peut-être : « « Les routes étaient courtes et les monts séparaient si peu ».
Certes loin du texte d'Orientale mais en cherchant à rendre l'image qu'il suggère, je tente :
« Les routes ne menaient pas loin et les collines voisines compartimentaient à peine le paysage ». ![]()
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